Skiredj Library of Tijani Studies
Conseil, gratitude, patience, amour du Prophète, et discipline intérieure de la voie tijanie
La tradition savante tijanie ne conserve pas seulement des doctrines et des litanies transmises. Elle conserve aussi le conseil : des recommandations pratiques pour les disciples, des aperçus spirituels sur la gratitude et la prière, une orientation sur la patience, l’éthique familiale, la révérence envers le Prophète, et les convenances intérieures de la voie.
Dans ce troisième volet des Perles de sagesse des savants tijanis, les enseignements ci-dessous sont tirés des paroles de grandes autorités tijanies, en particulier Sidi Ahmad Skiredj. L’objectif ici est de demeurer aussi fidèle que possible aux sens originaux tout en les présentant dans un anglais clair et lisible. Chaque perle apparaît sous son propre sous-titre pour faciliter la réflexion et l’étude.
Conseils adressés aux Tijanis
Sidi Ahmad ibn al-'Ayyashi Skiredj dit que ce sur quoi il insiste le plus fortement auprès du disciple est la préservation de ses awrad et la récitation fréquente de Salat al-Fatih chaque fois qu’il trouve du temps libre, en voyage comme à la maison. Il dit qu’elle ne doit être remplacée par rien d’autre, sauf par la récitation du Qur'an avec une lecture mesurée et une méditation. Cela, dit-il, suffit pour le bien des deux demeures.
Il conseille en outre au disciple de ne pas se laisser préoccuper par d’autres formes de rappel connues pour des secrets extraordinaires et de hautes propriétés particulières. Par Dieu, dit-il, les litanies régulières de la voie sont plus bénéfiques pour le disciple que même la récitation du Nom Suprême, car leur récitation est exempte d’intentions cachées.
Il est également rapporté du Sīdī Aḥmad al-Tijānī que le minimum, pour celui qui a mémorisé le Noble Qur'an, est de deux hizbs par jour. C’est pourquoi les Tijanis sont décrits comme étant parmi les gens les plus attentifs à lire chaque jour deux hizbs du Qur'an. On dit que la porte de la zawiya tijanie de Fès est ouverte à quiconque souhaite constater cette réalité après la prière de midi, et plus encore après la prière de l’aube, où l’on peut trouver les récitants du hizb près de son mihrab, lisant à haute voix avec une tenue noble et une belle componction.
Dans l’ijaza de Sidi Muhammad al-Bashir à son fils Sidi Mahmud, il y a aussi un point pratique d’adab : quiconque est autorisé ne doit pas placer sa main directement dans la main d’une femme qui n’est pas une mahram durant la transmission.XXXXX
Plutôt, il doit lui transmettre par l’intermédiaire de l’un de ses mahrams, même si ce mahram n’appartient pas à la voie tijânî.
Les savants conseillent également à tous les Tijânîs, et en vérité à tous les musulmans, de rechercher la science et d’agir selon elle. La récompense est façonnée par l’intention, et l’intention elle-même naît de la connaissance. Par exemple, si une personne récite le tahlîl en ayant l’intention qu’il relève aussi du Coran, elle reçoit à la fois la récompense du rappel et la récompense liée à sa dimension coranique. Sans une telle intention fondée sur la connaissance, elle ne reçoit que le mérite général du rappel. Bien des actes, disent-ils, s’élèvent fort au-dessus de leur mérite élémentaire grâce à l’intention.
Enfin, Skiredj dit que l’un des signes d’une personne qui, intérieurement, s’est coupée du Shaykh est qu’elle parle des sciences du Shaykh, ou mentionne le Shaykh, devant quelqu’un qui ne le connaît pas ou quelqu’un qui ne l’aime pas.
La Grandeur de Dieu, qui aime qu’on Le sollicite
Un vers célèbre cité par les savants dit : Dieu se met en colère si tu cesses de Lui demander, tandis que les enfants d’Adam se mettent en colère lorsqu’on leur demande.
Ils citent ensuite le hadith dans lequel un serviteur commet un péché et dit : « Mon Seigneur, pardonne-moi », et Dieu dit que Son serviteur savait qu’il a un Seigneur qui pardonne les péchés et qui demande des comptes pour les péchés. Le serviteur pèche de nouveau, demande de nouveau pardon, et la même réponse divine se répète, jusqu’à ce que Dieu dise : « J’ai pardonné à Mon serviteur, qu’il fasse donc ce qu’il veut », c’est-à-dire tant qu’il continue de revenir par le repentir.
Ils mentionnent aussi que, lorsqu’un serviteur vertueux implore, Gabriel peut dire : « Mon Seigneur, Ton serviteur un tel, comble son besoin », et Dieu répond : « Laisse Mon serviteur, car j’aime entendre sa voix. »
Un autre récit dit que rien n’est plus aimé de Dieu que d’être imploré pour le bien-être. Les savants expliquent que l’invocation est elle-même l’une des causes par lesquelles les calamités décrétées sont repoussées. De même qu’un bouclier est une cause de protection contre une arme, et que l’eau est une cause pour que la végétation surgisse de la terre, de même l’invocation est une cause pour repousser l’affliction et faire venir la miséricorde.
Pourtant, ajoutent-ils une correction subtile : se tourner vers Dieu par le dhikr doit, en définitive, être pour l’amour de Son bon plaisir, non pour un dessein mondain, ni même pour un dessein d’outre-monde.
Le signe de celui qui est fermement enraciné dans la science
Sîdî ‘Alî al-Khawwâs dit que l’un des signes d’une personne fermement enracinée dans la science est qu’elle devient encore plus établie lorsque la douceur spirituelle lui est retirée.
La raison en est que cette personne est avec Dieu selon ce que Dieu aime, non avec son propre ego selon ce que l’âme aime. Quiconque éprouve de la délectation dans la présence spirituelle mais se perd lorsque cette délectation est retirée demeure encore avec sa propre âme, aussi bien dans l’absence que dans la présence.
C’est un critère concis mais pénétrant : le véritable connaissant ne se mesure pas à la douceur seule, mais à la stabilité lorsque la douceur disparaît.
Se préparer aux présences de la proximité
Les savants disent que le serviteur se prépare aux présences divines de différentes manières selon le mode de manifestation divine. Dans la majesté, il se prépare par la patience. Dans la beauté, il se prépare par la gratitude. Dans la perfection, il se prépare par la tranquillité.
Sîdî al-‘Arabî ibn al-Sâ’ih explique que le connaissant de Dieu ne craint pas pour lui-même durant la constriction, car la constriction relève de la majesté, et la majesté est sûre. Il craint plutôt pour lui-même durant l’expansion, car l’expansion relève de la beauté, et la beauté n’est pas toujours sûre. Il en va de même pour le disciple avec son Shaykh : il ne craint pas pour lui-même dans les moments de constriction, mais il craint pour lui-même dans les moments d’expansion, car s’il devient trop familier d’une manière indigne de la station, cette expansion peut lui nuire selon le degré d’inconvenance. Le rang même du Shaykh peut ne pas le permettre, même si le Shaykh, personnellement, le passe sous silence, car le rang est intensément jaloux.
Skiredj donne ensuite un avertissement saisissant : prends garde, ô ami bien-aimé, de pratiquer une quelconque méthode destinée à provoquer une rencontre, à l’état d’éveil, avec le Prophète, paix et bénédictions sur lui. Les réceptacles des gens en cet âge, dit-il, se fissurent au moindre contact avec ce qui est recherché dans une telle rencontre dans le monde sensible. Si tu veux la sécurité pour toi-même, qu’il te suffise d’augmenter dans la Salât al-Fâtih. Louange à Dieu pour le voile, dit-il, car l’ouverture est difficile, quand bien même il y a en elle un immense repos. Il cite le sens du grand maître : les ouvertures sont toutes des formes de repos, et pourtant elles sont aussi une forme d’épreuve ; ne te réjouis donc pas trop vite quand elles surviennent.
Il ajoute que l’une des délicatesses divines qui nous sont accordées est précisément que nous ne contemplions pas, à l’état de veille, la noble figure prophétique durant la récitation de la Jawharat al-Kamâl.
Le sens de la louange et de la prière sur le Prophète
Un échange célèbre est rapporté entre al-Sarî al-Saqatî et son neveu al-Junayd. Lorsqu’on demanda à al-Junayd ce qu’est la gratitude, il répondit : c’est ne pas désobéir à Dieu au moyen de Ses bienfaits. Al-Sarî répliqua : je crains que ta seule part de Dieu ne soit ta langue. Les savants ajoutent ensuite, avec humilité, qu’ils espèrent que Dieu ne leur demandera pas des comptes pour l’absence d’une sincérité pleine et entière.
Ils déploient ensuite une méditation plus ample sur la gratitude. Dieu a comblé l’être humain de faveur en le préservant et en le distinguant par une grâce et une bienfaisance antérieures. Par quel acte
le serviteur a-t-il mérité cette bénédiction lorsque les décrets furent répartis, à un moment où il n’existait pas encore, n’avait accompli aucun acte et ne possédait aucun droit à faire valoir ? C’est pure générosité, pure grâce, pure faveur et pure bonté.
Si un être humain devait véritablement prendre conscience de cet immense bienfait, il serait submergé de joie en Dieu, saisi d’amour pour le Donateur généreux, et conquis par la délectation en Celui qui a créé et guidé, octroyé et offert, choisi depuis la prééternité et continue de le faire.
Les savants disent ensuite que tous les gens sont immergés dans un océan de bienfaits, mais que la plupart ne rendent pas grâce. Si Dieu veut du bien pour un serviteur et souhaite en faire l’un de Ses élus, Il lui fait prendre conscience des bienfaits qui reposent sur lui et l’inspire à être reconnaissant. Cette prise de conscience elle-même est la distinction. Tous sont comblés, mais les élus sont ceux qui sont témoins du bienfait.
Pour cette raison, ils appellent la gratitude l’une des plus grandes portes vers Dieu et Sa voie la plus droite. Satan se tient sur cette voie pour en détourner les croyants. En cet âge en particulier, disent-ils, la porte de la gratitude compte parmi les portes les plus proches de Dieu, parce que les âmes se sont épaissies. Beaucoup ne sont plus touchés par la discipline spirituelle, l’obéissance, l’examen de soi ou l’exhortation. Mais lorsqu’ils sont immergés dans la joie envers le Dispensateur des bienfaits, ils sont portés au-delà d’une autre manière.
Ils font remarquer que, dans le Coran, les promesses divines sont d’ordinaire liées à la volonté divine, sauf la gratitude. Dieu dit : « Si vous êtes reconnaissants, Je vous augmenterai certainement », en un langage d’insistance. Ils notent aussi que Dieu place la gratitude avant la foi dans le verset : « Que ferait Dieu de votre châtiment si vous êtes reconnaissants et si vous croyez ? » De là, ils déduisent que la foi elle-même est liée à la joie envers le Dispensateur, et que la gratitude du cœur est inséparable de la foi véritable.
Ils poursuivent : lorsqu’une personne réalise vraiment que tous les bienfaits viennent de Dieu, l’amour de Dieu s’ensuit nécessairement, car les cœurs sont naturellement disposés à aimer celui qui leur fait du bien. Et lorsque l’amour s’établit, les actes du Bien-Aimé sont vus sous un tout autre jour.
Le Prophète, paix et bénédictions sur lui, se tint en prière jusqu’à ce que ses nobles pieds enflent. Lorsqu’on lui dit que Dieu lui avait déjà pardonné son passé et son avenir, il répondit : « Ne serais-je donc pas un serviteur reconnaissant ? »
Ils notent aussi que même les épreuves dissimulent en elles des bienfaits. ‘Umar, que Dieu soit satisfait de lui, dit que chaque fois qu’un malheur l’atteignait, il y voyait trois bienfaits : d’abord, qu’il ne touchait pas sa religion ; ensuite, qu’il n’était pas plus grand qu’il ne l’était ; et enfin, que Dieu avait promis une récompense pour lui.
Ils citent plusieurs sentences de sagesse sur ce thème, notamment l’idée que même notre gratitude est elle-même un bienfait de Dieu : Le remercier pour la gratitude exigerait une autre gratitude, et ainsi de suite sans fin.
De là, ils passent à la louange du Prophète. De même que Dieu savait que la création ne pourrait jamais acquitter pleinement ce qui Lui est dû en matière de louange, Il se loua Lui-même dans la prééternité en disant « al-hamdu lillâh ». De même, Dieu Lui-même pria sur Son Prophète dans la prééternité. Par conséquent, lorsqu’on récite la Salât al-Fâtih, on demande à Dieu de prier sur Son Prophète par cette prière primordiale.
Les savants précisent que l’enjeu n’est pas seulement la formulation, mais le sens : le serviteur confesse son incapacité à s’acquitter du droit de ce noble Prophète autrement que par ce que Dieu Lui-même accorde.Ils ajoutent toutefois que la Ṣalāt al-Fātiḥ possède une propriété spécifique liée à ce sens. Si celui qui y est autorisé fait vivre ce sens dans son cœur et croit qu’il procède de la Présence de l’invisible, il obtient, si Dieu le veut, la récompense qui y est attachée.
Ils citent ensuite Abū al-Layth al-Samarqandī, qui a dit que, si tu veux savoir que la prière sur le Prophète est supérieure aux autres actes de dévotion, considère le verset dans lequel Dieu commence par dire que Lui-même et Ses anges prient sur le Prophète, et seulement ensuite ordonne aux croyants d’en faire autant.
On cite également un hadith dans le Ṣaḥīḥ de Muslim : « Quiconque prie sur moi une fois, Dieu prie sur lui dix fois. » Les savants expliquent que, quand bien même une personne passerait toute sa vie en actes de dévotion, une seule prière de Dieu sur ce serviteur l’emporterait sur tout cela, car la prière du serviteur est à la mesure de la servitude, tandis que la prière de Dieu est à la mesure de la seigneurie. Et il ne s’agit là que d’une seule prière divine, alors que le hadith en promet dix.
Le Rang de la sourate al-Fātiḥa
Les savants exposent une doctrine immense concernant le rang d’al-Fātiḥa. Ils disent que, dans son rang extérieur, une seule récitation d’al-Fātiḥa renferme la récompense de toute glorification et de tout rappel par lesquels Dieu a été rappelé depuis le commencement de la réalité muḥammadienne jusqu’au moment où le récitant prononce al-Fātiḥa. Tout rappel, dans tous les mondes, au cours de cet intervalle, est accordé en récompense à celui qui récite al-Fātiḥa une fois.
Ils n’y font qu’une exception : la récompense du Nom Suprême n’est pas comprise sous al-Fātiḥa, à moins que le récitant ne lise intentionnellement al-Fātiḥa avec l’intention du Nom Suprême. Dans ce cas, la récompense du Nom Suprême, tel qu’il a été récité à travers l’existence, entre elle aussi sous celle-ci.
Ils disent également que, dans son rang extérieur, al-Fātiḥa porte la récompense d’une ختمة coranique complète, et que le nombre de ses lettres, joint au nombre des lettres du Coran, procure à son récitant, pour chaque lettre, sept vierges du Paradis et sept palais, et ainsi de suite continuellement à chaque récitation.
En dehors de la prière, cette récompense est déjà immense. Dans la prière, elle est encore multipliée : deux fois si l’on prie assis, quatre fois si l’on est debout, et pour celui qui prie seul. En congrégation, elle est multipliée davantage encore. Ils déploient ensuite de très vastes expansions numériques pour décrire cette récompense tout au long du cycle quotidien des prières obligatoires.
Ils rapportent aussi cette affirmation : celui qui récite al-Fātiḥa une fois dans l’année n’est pas inscrit parmi ceux que le péché accable durant cette année-là. Puis ils répètent que tout cela concerne la récitation sans l’intention spécifique du Nom Suprême. Quant à réciter al-Fātiḥa avec l’intention du Nom Suprême, son mérite n’est connu que de Dieu, et l’on ne doit pas trouver cela étrange au regard de la générosité du Très-Généreux.
Un autre récit dit que Gabriel annonça au Prophète, sur lui la paix et les bénédictions, qu’il craignait auparavant le châtiment pour la communauté du Prophète ; mais lorsque al-Fātiḥa fut révélée, il se sentit en sécurité, certain que Dieu ne les châtierait pas, car l’Enfer a sept portes et al-Fātiḥa sept versets, et chaque verset devient comme une couverture sur l’une de ces portes.
Les savants ajoutent ensuite une précision importante : agir en vue d’une récompense est bon et louable lorsque cela se fait en réponse à la manière dont Dieu Lui-même a invité Son serviteur, depuis la transcendance absolue, à une récompense promise. Dans ce cas, considérer la récompense promise n’est pas un mobile égoïste au sens blâmable ; cela devient, en soi, un autre acte de dévotion. Ce qui demeure blâmable, c’est l’attachement centré sur soi à ses propres fins inférieures.
Un Appel à se parer de patience
Une parole de sagesse affirme que huit états passent sans cesse sur l’être humain, et que toute personne doit les rencontrer : la joie et la tristesse, l’union et la séparation, la difficulté et l’aisance, la maladie et la santé.
Skiredj offre ensuite un conseil émouvant sur la pauvreté. Il dit que l’amertume de la pauvreté est plus amère que toute autre amertume. Si tu en es éprouvé ne serait-ce qu’une fois, alors avale ce qui rend cette amertume plus supportable par la patience. Ne sois pas ébranlé par l’instabilité de ta condition lorsqu’elle te frappe. Affronte la dureté, la froideur et le changement de comportement de ceux dont tu connaissais jadis l’affection aux jours de l’aisance, avec une belle conduite. Ne leur fais pas grief de ce que tu vois, car le pauvre est regardé d’un œil qui n’est pas celui par lequel on voit le riche, fût-ce que le pauvre soit le plus grand savant de son époque et le riche le plus ignorant des hommes. Cela, dit-il, est simplement ainsi que bien des âmes sont faites.
Pour cette raison, il conseille à la personne de se vêtir de beauté, de veiller sur ses habits avec une propreté parfaite, d’élever son aspiration au-dessus de la dépendance à l’égard des gens proches et lointains, et d’afficher son indépendance vis-à-vis d’eux, quand bien même elle se coucherait affamée et resterait sans nourriture tout le jour. Ainsi, les gens la respecteront et la tiendront en crainte révérencielle.
Il dit qu’on ne doit se plaindre de son état à personne sinon à Dieu, qui voit tous les états, et qu’on ne doit jamais désespérer que Dieu enlève ce qui l’a accablé et attristé.
Il conseille aussi la douceur envers sa famille selon le degré de leur compréhension. Donne-leur des promesses pleines d’espérance au sujet des choses qu’ils attendent et qui les réjouissent. Souvent, ils se contentent d’une promesse pour un temps. Apporte-leur de la joie par les modestes moyens que tu peux te permettre, car en agissant ainsi tu contraries les hypocrites. Et si ta maisonnée demeure dans le bien, tu ne seras pas affligé par l’état de la richesse, qu’elle soit peu ou beaucoup.
Il met en garde contre le fait de montrer de l’impatience dans de telles conditions. Si tu manifestes de l’agitation, tu ne posséderas ni la richesse qui apaise le désir, ni la dignité qui humilie tes ennemis et ceux qui t’envient.
Il conclut en priant Dieu d’épargner au lecteur cette amertume et de l’enrichir par Lui-même.
Les parents bons envers leurs enfants, et les enfants bons envers leurs parents
Skiredj dit que son père expliquait jadis le hadith : « Parmi les serviteurs de Dieu, il en est qui, s’ils jurent par Dieu, Il accomplit pour eux (ce qu’ils ont juré) », en disant que ces serviteurs incluent les parents : s’ils jurent à Dieu au sujet de leurs enfants, Il leur répond.
Il ajoute que la coutume de Dieu parmi Ses créatures veut que celui qui est filial envers ses parents soit lui-même traité avec filialité, et que son invocation dans l’épreuve soit exaucée, quel que soit son état.
Mais tout comme les enfants doivent être filiaux envers leurs parents, les parents, eux aussi, doivent se montrer bons envers leurs enfants, surtout en cette époque. Les parents devraient pardonner à leurs enfants et demander à Dieu de les guider autant que possible, car les enfants sont les fleurs dans le jardin de la vie de leurs parents. Si ce jardin est négligé, les fleurs se flétrissent et leurs pétales tombent.
Son père comparait jadis les enfants à une plante cultivée avec amour dans un jardin chéri. Comment quelqu’un pourrait-il soigner une telle plante avec le désir de la voir fleurir avec beauté, puis l’arracher et la jeter ? Et s’il le regrette ensuite et souhaite lui rendre sa beauté première, peut-elle jamais revenir exactement à ce qu’elle était après que ses fleurs se sont flétries et que ses feuilles délicates ont péri ?
Ainsi en est-il des enfants : ils sont les fleurs du jardin de chacun. Un parent ne doit pas laisser son cœur se détourner d’eux. Même si le cœur est, malgré soi, troublé par leur conduite, il doit se contenir au moyen de la bride de la patience, prier pour leur guidance, et s’abstenir de leur répondre par ce qu’ils détestent.
Son père disait aussi que les enfants maintenus sous رضى deviennent eux-mêmes des gens d’un état agréable, et que des enfants de رضى ne procède que le bien. Il disait aux gens que prier pour la guidance de ses enfants vaut mieux que de les maudire dans des moments de frustration, car l’enfance est une sorte de folie. Il disait encore : les enfants d’un homme sont sa plantation ; il ne doit ni négliger sa plantation ni l’arracher de ses racines. Et il disait : ce que des enfants font à leurs parents finira par leur être fait par leurs propres enfants.
Skiredj consigne aussi un rêve de la fin de Ṣafar de l’année 1343 AH, dans lequel il se vit en ihram pour le pèlerinage à La Mecque, rencontrant son père et sa mère, se jetant à leurs pieds, les embrassant, pleurant, et leur demandant de prier afin que Dieu le sauve du Feu, car il ne pouvait en supporter la chaleur. Puis il se réveilla.
L’Importance de l’amour pour le Prophète
Un homme vertueux dit qu’il avait un voisin qui travaillait comme copiste. Lorsque cet homme mourut, il fut vu en rêve et on lui demanda ce que Dieu avait fait de lui. Il répondit : Dieu m’a pardonné. Lorsqu’on lui demanda pourquoi, il dit : chaque fois que j’écrivais le nom de Muhammad, sur lui la paix et les bénédictions, dans un livre, je priais sur lui. Alors mon Seigneur m’a donné ce qu’aucun œil n’a vu, qu’aucune oreille n’a entendu, et qui n’est jamais venu au cœur d’aucun être humain.
Un autre récit cité par les savants dit : quiconque meurt en aimant la famille de Muhammad meurt en martyr.Ces récits soulignent la même vérité que l’on retrouve dans toute la tradition tijanie : l’amour du Prophète n’est pas secondaire. Il est central, transformateur et salvifique.
Réflexion de clôture
Ces perles présentent une spiritualité profondément pratique. Elles enseignent au disciple tijani à préserver les awrad, à honorer le Qur’an, à rechercher le savoir, à veiller sur l’adab, à demander Dieu constamment, à demeurer ferme dans la gêne comme dans l’aisance, à approfondir la gratitude, à aimer le Prophète abondamment, à endurer l’épreuve avec dignité, et à préserver les liens familiaux avec patience et miséricorde.
Elles montrent aussi quelque chose d’essentiel du tempérament savant tijani : la dévotion n’est jamais séparée de l’équilibre, et l’amour n’est jamais séparé de la discipline. La voie est rendue belle non seulement par ses litanies, mais par le caractère qu’elle cherche à faire advenir.
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