Notice biographique
Sidi Muḥammad Ben Ahmed Akensous
Sidi Muḥammad Ben Ahmed Akensous, de son nom complet Sidi Muḥammad Ben Ahmed Ben Sidi Muḥammad Ben Younes Ben Mas‘oud al-Kansousi al-Qurashi al-Ja‘fari, est l’un des grands savants marocains du XIXe siècle et l’une des figures majeures de la Tijāniyya. Juriste, homme de lettres, historien, éditeur savant et homme d’État, il a marqué son époque par l’étendue de son savoir et par son rôle dans la défense de la voie tijanie.
Naissance et origine
Il naît dans la tribu de Tinmart, dans le Souss, en 1211 H / 1796–1797.
Son lignage remonte à Ja‘far ibn Abi Talib, cousin du Prophète, ce qui explique sa nisba al-Qurashi al-Ja‘fari. Il appartenait ainsi à une famille noble, réputée pour son ancienne distinction et son enracinement dans le savoir.
Formation
Il commence ses études à la zawiya nasiriyya de Tamgroute, où il mémorise le Coran et les principaux textes de base. Il part ensuite à Fès en 1229 H pour poursuivre sa formation à l’Université Al-Qarawiyyine.
À Fès, il étudie auprès de plusieurs grands savants et fuqaha. Il réside alors à la madrasa des Saffarine, et l’on rapporte parmi les anecdotes de sa vie qu’il occupait une chambre voisine de celle où avait autrefois vécu l’imam al-Jazouli, auteur des Dalâ’il al-Khayrât.
Il poursuit ses études à Al-Qarawiyyine jusqu’en 1234 H, se consacrant pleinement à la science et à l’acquisition du savoir.
Fonctions et parcours public
Le sultan Moulay Slimane le fait appeler en 1234 H et le nomme d’abord secrétaire, puis ministre en 1235 H, alors qu’il n’a que 24 ans. Il reste à ce poste pendant trois années, avant de s’en retirer de son propre gré en 1238 H, peu après l’avènement du sultan Moulay Abd ar-Rahman ben Hicham.
Cette étape montre l’importance de sa stature intellectuelle et administrative dans le Maroc de son temps.
Œuvres
Sidi Muḥammad Akensous a laissé de nombreux ouvrages en histoire, littérature, philologie, jurisprudence et polémique savante. Parmi ses œuvres les plus connues :
Al-Jaysh al-‘Aramram al-Khumasi fi Dawlat Awlad Mawlana ‘Ali as-Sijilmasi
Al-Jawab al-Muskit – réponse à ceux qui ont critiqué la voie de l’imam Tijani sans vérification
Al-Hulal az-Zanjafuriyya
un Diwan de poésie classé selon l’ordre alphabétique
un ouvrage sur la généalogie des descendants d’Ibn Idris
Al-Ajwiba at-Tunusiyya
Tashih al-Ghayth alladhi Insajama fi Sharh Lamiyyat al-‘Ajam
Al-Maqama al-Kansousiyya
un traité sur l’alchimie
ses lettres au ministre Muḥammad Ben al-Arabi al-Jam‘i
Khama’il al-Ward wan-Nisrin
Husam al-Intisar
Sharh Qasidat az-Zayyani
Al-Badi‘ fi ‘Ilm at-Ta‘dil
Tahqiq al-Qamus al-Muhit d’al-Fayruzabadi
Son travail sur le Qamus al-Muhit est particulièrement remarquable : il le collationna avec environ cinquante manuscrits de référence, dans un travail philologique rigoureux qui dura plus de deux ans et fut achevé en 1271 H / 1854.
Lien avec la Tijāniyya
Sidi Muḥammad Akensous fut l’un des grands représentants de la Tijāniyya. Sa chaîne dans la voie passe par quatre figures majeures :
Sidi Muḥammad al-Ghali Abu Talib al-Hassani al-Idrissi
Sidi Muḥammad (Fathan) Ben Abi an-Nasr al-‘Alawi as-Sijilmasi
Sidi Abdelwahab Ben at-Taoudi al-Fassi, connu sous le nom d’Ibn al-Ahmar
Sidi at-Ṭayyib Ben Muḥammad as-Sufyani
Tous avaient pris directement de Sidi Ahmed Tijani et comptaient parmi ses plus proches compagnons.
Les raisons de son entrée dans la voie
Il explique lui-même que son entrée dans la Tijāniyya est née de ce qu’il entendit à Fès au sujet de la grandeur de cette voie, présentée comme la voie du pur don divin dans une époque où les hommes n’avaient plus la force de réaliser pleinement l’idéal spirituel des anciens.
Il raconte aussi l’influence décisive d’un saint attiré par Dieu, Sidi Ahmed al-Ghiwan, qui le poussait avec insistance à entrer dans la voie de la connaissance. Finalement, conduit à la zawiya un vendredi, il entendit dès l’entrée un vers spirituel qui marqua profondément son cœur et précipita son adhésion à la voie.
Profil intellectuel et spirituel
Sidi Muḥammad Akensous réunissait le fiqh, la littérature, la recherche philologique, l’histoire, l’engagement politique et la formation spirituelle. Il incarne ainsi une figure complète, capable de tenir à la fois le rang du savant, du haut fonctionnaire et du maître enraciné dans la tradition soufie.
Décès
Il meurt dans la nuit du mardi 28 Muharram 1294 H et est enterré à Marrakech, à l’extérieur de Bab ar-Robb, près du mausolée de Abu al-Qasim as-Suhayli.
Il avait 83 ans au moment de son décès. Sa mort coïncida presque avec le quarantième jour du décès de son ami et compagnon de voie Sidi Muḥammad Belqassem Basri al-Meknassi, puisqu’il n’y eut que 36 jours entre leurs deux disparitions.
Héritage
Sidi Muḥammad Akensous a laissé un héritage considérable, à la fois scientifique, littéraire, historique et spirituel. Il reste l’une des grandes figures marocaines ayant su unir la science, le service de l’État, la défense doctrinale et l’enracinement dans la Tijāniyya.
