Notice biographique
Sidi Omar Fouti
Sidi Omar Fouti, de son nom complet Sidi El-Hadj Omar Ben Saïd al-Fouti, est l’une des plus grandes figures de la Tijaniyya en Afrique de l’Ouest. Savant, maître spirituel, prédicateur, réformateur, chef religieux et combattant, il a profondément marqué l’histoire islamique du Sénégal, du Fouta Toro, du Fouta Djallon, du Nigeria et de plusieurs autres régions d’Afrique occidentale.
Origine et lignage
Son lignage remonte au compagnon ‘Uqba ibn ‘Amir, et à travers lui à Murra ibn Ka‘b, l’un des ancêtres du Prophète صلى الله عليه وسلم. Ce rattachement faisait de lui, dans son milieu, une figure de haute considération religieuse et sociale.
Naissance et enfance
Il naît à Halwar, près de Podor, dans la région de Fouta Toro, au nord du Sénégal, dans la nuit du mercredi 23 Cha‘ban 1213 H / 30 janvier 1799.
Son père, Saïd Ben Othman, était un faqih pieux et ascétique, et sa mère était Adma, fille de l’imam Siri Demba. Il grandit ainsi dans une famille de religion, de science et de droiture.
Les sources rapportent à son sujet plusieurs signes précoces de bénédiction, notamment pendant son enfance.
Formation
À l’âge de cinq ans, son père le confia à l’école coranique du cheikh Qurâ Hamad, à Halwar. Il mémorisa le Coran à l’âge de huit ans, et ses premières lectures furent déjà entourées d’un prestige particulier.
Il perfectionna ensuite sa récitation auprès de son frère aîné Ahmed, puis poursuivit sa formation à Derbas, où il étudia la langue, le fiqh, le nahw et d’autres disciplines auprès du savant Basmur al-Amir Ben Abdallah.
Il continua ensuite ses études dans une autre école, où il reçut des enseignements en métrique, en textes de référence et en fiqh, notamment autour du Mukhtasar de Khalil. Sa formation fut donc à la fois solide, classique et profondément enracinée dans la tradition savante ouest-africaine.
Son entrée dans la Tijaniyya
Après sa période d’étude, il éprouva un fort désir pour la voie spirituelle, la discipline intérieure et la lutte contre l’ego. C’est alors qu’il rencontra le muqaddam Sidi Abdelkarim an-Naqil al-Foutajalli at-Tinbawi en 1239 H / 1824, l’un des grands fuqaha de Fouta Djallon.
Il le fréquenta durant plus d’une année, et reçut de lui les adhkar fondamentaux de la Tijaniyya, en particulier le wird, la wazifa et le dhikr du vendredi après-midi, ainsi que le Hizb as-Sayfi.
Cette rencontre constitua le début de sa véritable formation dans la voie.
Son voyage au Hijaz
Il avait d’abord prévu de partir au pèlerinage avec son maître Abdelkarim, mais cela ne put se réaliser. Il entreprit donc le voyage vers 1240 H / 1825, après avoir pris congé des siens et préparé son départ.
Ce voyage prit une importance encore plus grande lorsqu’il apprit que le grand khalife Sidi Mohamed al-Ghali Abu Talib se trouvait à La Mecque. Dès son arrivée, après avoir accompli les rites d’entrée, il le rencontra près du Maqam Ibrahim après la prière du ‘asr. Le khalife l’accueillit avec une grande joie et lui remit aussitôt un exemplaire de Jawahir al-Ma‘ani.
Leur première rencontre eut lieu au début de Dhou al-Hijja 1241 H / 1826.
Son compagnonnage avec Sidi Mohamed al-Ghali
Après le pèlerinage, il partit avec lui vers Médine, où il demeura dans son voisinage. Il le servit pendant environ trois années, se mettant totalement à son service, lui livrant sa personne et ses biens, selon ses propres termes.
Au cours de cette période, il renouvela sa prise de la voie, reçut adhkar et secrets spirituels, et fut élevé à un rang exceptionnel. Son maître lui dit même au sein de la mosquée prophétique :« Les gens, nous les faisons muqaddams dans la transmission du wird. Quant à toi, tu es un khalife parmi les khalifes du cheikh, et non simplement un muqaddam. »
C’est là l’un des éléments majeurs de sa stature dans la chaîne tijanie.
Son séjour en Égypte et à Jérusalem
Vers 1245 H, il quitta son maître et se rendit au Caire, puis en Palestine, où il séjourna sept mois à Jérusalem en compagnie de son frère Ali Ben Saïd.
Durant ce séjour, il guérit, par la permission de Dieu, la fille du souverain de Jérusalem, atteinte d’un mal grave attribué à une atteinte invisible. Cette guérison fit grand bruit et attira sur lui l’attention de toute la région.
Certains savants, poussés par la jalousie, voulurent alors l’éprouver par des questions difficiles en sciences rationnelles et religieuses. Il répondit avec sagesse, fermeté et intelligence, au point qu’ils finirent par reconnaître son rang, s’excuser et le faire avancer pour l’imamat et la khutba du vendredi à Jérusalem.
Retour en Afrique et mission religieuse
Il revint ensuite dans son pays vers 1254 H / 1838, puis se rendit chez les Haoussa au Nigeria, où il séjourna environ sept ans auprès de Mohamed Ben Othman Foudi.
Il retourna ensuite au Fouta Djallon, y demeura quatre ans, puis se dirigea vers le Fouta Toro, où il entreprit une vaste mission d’appel à Dieu et à Son Prophète. De grands savants répondirent à son appel, et de nombreux groupes de non-musulmans entrèrent dans l’islam grâce à sa prédication.
Combat et jihad
Cette expansion de sa mission provoqua des affrontements avec les forces païennes et hostiles. Il mena alors de nombreuses campagnes militaires, en remporta plusieurs, et poursuivit sa lutte contre les idolâtres et les ennemis de l’islam pendant plus de douze ans.
Il fut finalement martyrisé à Degembéré le 3 Ramadan 1280 H / 12 février 1864, alors qu’il avait environ soixante-dix ans.
Œuvres
Sidi Omar Fouti a laissé plus de quarante ouvrages, parmi lesquels :
Rimah Hizb ar-Rahim ‘ala Nuhur Hizb ar-Rajim
Suyuf as-Sa‘id al-Mu‘taqid fi Ahl Allah ka-t-Tijani
Safinat as-Sa‘ada
An-Nush al-Mubin
Al-Maqasid as-Saniyya
Tadhkirat al-Ghafilin
Tadhkirat al-Mustarshidin
Kasb al-Faqir fi Madh an-Nabi al-Bashir
Al-Ajwiba al-Fiqhiyya
Sharh Salat Jawharat al-Kamal
Sharh Salat Yaqutat al-Haqa’iq
Risala fi Adab al-Murid
Taqyid fi Khawass Hizb as-Sayfi
Manzuma fi Islah Dhat al-Bayn
Manzuma fi ‘Ilm at-Tawhid
Lamiyyat at-Tullab
Hidayat al-Mudhnibin
Le plus célèbre de ses ouvrages reste sans doute Rimah, dont la renommée atteignit le Maroc bien avant que le livre n’y circule largement.
Sa bibliothèque
Les sources mentionnent l’existence d’une importante bibliothèque omarienne, dont une grande partie fut saisie par les autorités coloniales françaises après la prise de Ségou en avril 1890. Quatre caisses de manuscrits furent envoyées à Paris, puis transférées en 1892 à la Bibliothèque nationale de France.
Cette collection comprenait plus de cinq cents titres manuscrits, ce qui donne une idée de l’ampleur de son héritage intellectuel.
Sa place chez les savants
De nombreux savants du Maroc, de la Mauritanie et d’Afrique de l’Ouest ont célébré Sidi Omar Fouti dans leurs écrits et leur correspondance. Ils le présentaient comme :
un émir des croyants
un soutien de la vérité
un revivificateur de la voie
un conquérant spirituel et temporel
un homme réunissant les armes extérieures et les armes intérieures
Plusieurs auteurs affirmaient que son époque n’avait pas produit d’homme de son rang, et qu’il possédait une mémoire telle qu’il aurait pu restituer des livres entiers si les écrits avaient disparu.
Héritage
Sidi Omar Fouti a laissé un héritage immense dans les domaines de la da‘wa, de la formation spirituelle, du jihad, de l’enseignement et de l’écriture. Il a contribué à diffuser la Tijaniyya à une échelle exceptionnelle en Afrique de l’Ouest, tout en incarnant une figure puissante de savant-guide et de réformateur.
Il demeure aujourd’hui encore l’une des plus grandes figures de l’histoire islamique ouest-africaine et l’un des noms majeurs de la tradition tijanie.
