Skiredj Library of Tijani Studies
Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Qu’Allah répande Ses bénédictions et la paix sur notre maître Muhammad, sur sa famille et sur ses compagnons.
Parmi les œuvres importantes liées à l’héritage savant de Sidi Ahmed ibn al-Hajj al-‘Ayyashi Skiredj al-Khazraji al-Ansari figure un livre d’une valeur particulière, intitulé Tijan al-Ghawani fi Sharh Jawahir al-Ma‘ani. Bien que cette œuvre n’ait jamais été achevée sous la forme complète que son auteur avait envisagée, elle demeure l’un des textes les plus précieux pour quiconque s’intéresse à l’histoire intellectuelle de la Tijaniyya, à la centralité de Jawahir al-Ma‘ani, et à la méthode savante singulière de Sidi Ahmed Skiredj.
Ce livre n’est pas simplement un projet de commentaire demeuré inachevé. Il est une fenêtre sur la relation profonde de Skiredj avec Jawahir al-Ma‘ani, sa vénération pour son auteur Sidi al-Hajj ‘Ali Harazim Barrada, et son effort plus large visant à préserver et à clarifier les textes fondamentaux de la voie ahmadî-tijanie.
Qu’est-ce que Tijan al-Ghawani ?
Tijan al-Ghawani fi Sharh Jawahir al-Ma‘ani peut se traduire par « Les Couronnes de la Grâce : un commentaire de Jawahir al-Ma‘ani ». Le titre fut inscrit par Sidi Ahmed Skiredj lui-même, de sa main élégante, sur la page d’ouverture du manuscrit, et il conserva ce titre inchangé jusqu’à la fin de sa vie.
L’ouvrage fut conçu comme un commentaire de Jawahir al-Ma‘ani, l’un des livres de référence les plus importants dans la tradition tijanie. Puisque Sidi Ahmed Skiredj était connu pour sa lecture constante, son enseignement et sa contemplation de Jawahir al-Ma‘ani, il n’est pas surprenant qu’il ait fini par entreprendre de produire un ouvrage qui lui soit spécialement consacré.
Pourquoi ce livre compte
L’importance de Tijan al-Ghawani tient à plusieurs éléments à la fois.
D’abord, il reflète la dévotion de toute une vie de Sidi Ahmed Skiredj à l’égard de Jawahir al-Ma‘ani. Il n’aborda pas ce texte en lecteur occasionnel. Il l’étudia, l’enseigna, le médita, et consacra de longues périodes à en extraire les trésors subtils de ses significations.
Ensuite, il conserve une étude biographique étendue de Sidi al-Hajj ‘Ali Harazim Barrada, l’auteur de Jawahir al-Ma‘ani. À elle seule, cette section confère à l’ouvrage une valeur majeure.
Troisièmement, il offre un aperçu de la méthodologie que Skiredj entendait suivre pour expliquer les textes tijanis fondamentaux : non pas une complication excessive, mais une clarification attentive, un commentaire bref lorsque nécessaire, et la simplification des passages difficiles à l’intention de lecteurs sérieux.
Quatrièmement, même sous une forme inachevée, il contient des informations rares qu’il n’est pas aisé de trouver ailleurs.
Le profond engagement de Sidi Ahmed Skiredj envers Jawahir al-Ma‘ani
L’intérêt de Sidi Ahmed Skiredj pour Jawahir al-Ma‘ani fut intense et continu. On le connaissait pour sa lecture régulière du livre, son enseignement à autrui, et une réflexion profonde sur son contenu. Il consacra de longues séquences de temps à mettre au jour ce qu’il tenait pour ses significations les plus fines et ses précieuses subtilités.
Dans l’une de ses lettres à un disciple, il déclara qu’il déployait tous ses efforts pour rassembler et produire ce livre. Il écrivit, pour en donner le sens, que s’il réussissait, le succès venait d’Allah seul ; et si, au contraire, il n’atteignait pas son but, il implorait le pardon d’Allah, tout en affirmant qu’il n’épargnerait aucun effort dans la recherche et la composition. Cette déclaration révèle à la fois son sérieux et son humilité.
Une œuvre inachevée mais d’une très grande valeur
Il est bien connu que Tijan al-Ghawani appartient à la catégorie des œuvres de Skiredj qui n’atteignirent pas leur forme finale complète. Il n’acheva pas le vaste commentaire qu’il avait projeté. Ce qu’il a mené à terme, toutefois, est d’une valeur considérable.
La principale partie qui nous est parvenue est une présentation biographique ample et riche de Sidi al-Hajj ‘Ali Harazim Barrada, le grand transmetteur de Jawahir al-Ma‘ani. Skiredj conclut cette section en citant des textes tirés de certaines des ijazahs de Harazim, ce qui rend le livre particulièrement précieux d’un point de vue informatif et documentaire.
C’est pourquoi la portion conservée est souvent décrite comme suffisante, satisfaisante et hautement bénéfique en elle-même.
La méthodologie que Skiredj entendait suivre
Auparavant, des chercheurs avaient retrouvé une lettre dans laquelle Sidi Ahmed Skiredj expliquait la méthode qu’il comptait utiliser pour rédiger ce livre. Il y faisait clairement savoir que son approche se concentrerait sur :
commenter certains mots choisis qui nécessitaient une explication
clarifier des expressions que les lecteurs pourraient trouver difficiles
simplifier certaines formulations et certains concepts
rendre plus accessibles des passages obscurs
Cela est important, car cela montre que Tijan al-Ghawani n’a jamais été conçu comme une œuvre purement ornementale ou excessivement technique. Il devait servir les lecteurs en éclairant des lieux clés de Jawahir al-Ma‘ani sans les accabler inutilement.
Quand commença-t-il à l’écrire ?
Sidi Ahmed Skiredj n’indiqua pas explicitement la date d’achèvement du livre, puisqu’il ne l’acheva jamais. Mais des preuves documentaires conservées dans l’un de ses carnets révèlent deux faits importants.
Il expliqua que l’idée d’écrire le livre l’avait accompagné depuis ses années d’étude, ce qui suggère que le projet avait longtemps vécu dans son esprit. Il déclara aussi qu’il en avait commencé la rédaction en Safar 1343 H.
Cette datation est importante, car elle aide à situer l’œuvre dans la chronologie plus large de sa production savante de maturité.
Un second titre proposé par le Sultan Moulay Abd al-Hafid
Il existe aussi un détail textuel intéressant lié à un exemplaire manuscrit. Skiredj avait envoyé une copie, rédigée par son élève et scribe de confiance al-Hajj Muhammad Zarwal, à son compagnon et élève, l’ancien Sultan Moulay Abd al-Hafid, qui résidait alors à Paris.
Moulay Abd al-Hafid proposa un titre alternatif et l’inscrivit au début de cette copie. Le titre alternatif était :
Tijan al-Ma‘ani fi Jam‘ ma fi al-Jami‘ wa Jawahir al-Ma‘ani mimma fada min Bahr al-Khatm al-Tijani saqana Allah min faydihi bi a‘zam al-awani
Cela montre l’estime dans laquelle l’œuvre était tenue ; mais il demeure clair que le titre conservé par Skiredj lui-même tout au long de sa vie fut le titre originel : Tijan al-Ghawani fi Sharh Jawahir al-Ma‘ani.
Que contient le livre ?
Le contenu conservé commence par une étude étendue de Sidi al-Hajj ‘Ali Harazim Barrada al-Fasi, le célèbre auteur de Jawahir al-Ma‘ani. Dans cette présentation, Skiredj aborde :
les étapes de la vie de Harazim
sa rencontre avec le Sīdī Aḥmad al-Tijānī
son discipolat auprès de lui
l’intensité de son amour pour le Shaykh
les ijazahs qu’il reçut dans la voie tijanie
l’ijazah liée à Jawahir al-Ma‘ani
son rang et sa proximité auprès du Shaykh
Skiredj évoque également certains des écrits propres à Harazim.
1. Al-Irshadat al-Rabbaniyya
Il mentionne le commentaire de Harazim sur la Hamziyya d’al-Busiri, intitulé :
Al-Irshadat al-Rabbaniyya bi al-Futuhat al-Ilahiyya min Fayd al-Hadra al-Ahmadiyya al-Tijaniyya
Skiredj note qu’une grande partie de cet ouvrage provint de dictées du Sīdī Aḥmad al-Tijānī lui-même.
2. Risalat al-Fadl wa al-Imtinan
Il aborde aussi l’épître de Harazim connue sous le nom de :
Risalat al-Fadl wa al-Imtinan ila Kafati al-Ahbab wa al-Ikhwan
Harazim acheva cet ouvrage en 1208 H, c’est-à-dire bien avant de commencer à composer Jawahir al-Ma‘ani. Skiredj reproduisit plus tard cette épître en entier dans le quatrième volume de son propre Raf‘ al-Niqab.
3. Al-Kanz al-Mutalsam
Skiredj se tourne ensuite vers l’œuvre remarquable de Harazim :
Al-Kanz al-Mutalsam fi Haqiqat Sirr al-Ism al-A‘zam
Il la décrit comme un livre stupéfiant et extraordinaire. En vers, il dit, pour en donner le sens, que celui qui l’entend est presque frappé de stupeur dans l’émerveillement, et qu’une telle stupeur n’a rien d’étonnant, au vu des vérités rares qu’il contient.
4. Le carnet caché et d’autres écrits
Il mentionne aussi al-Kunnash al-Maktum, avant de passer à la question de Jawahir al-Ma‘ani elle-même et à la fausse accusation portée par certains détracteurs, qui prétendirent qu’il avait été emprunté à un autre ouvrage, à savoir al-Maqsad al-Ahmad fi al-Ta‘rif bi Ibn ‘Abd Allah Ahmad, du savant Muhammad ibn ‘Abd al-Salam al-Qadiri.
Skiredj réfute vigoureusement cette affirmation par l’argument et la preuve, en s’étendant longuement sur la question.
Un livre qui ouvre sur le monde de Harazim Barrada
L’un des plus grands mérites de Tijan al-Ghawani est de donner au lecteur accès à un riche portrait de Sidi al-Hajj ‘Ali Harazim Barrada. Ce n’est pas seulement un livre sur un texte. C’est aussi
un livre sur l’homme qui transmit ce texte et sur son rapport avec le Pôle occulté et Sceau de la sainteté muhammadienne, le Sīdī Aḥmad al-Tijānī.
En ce sens, Tijan al-Ghawani fonctionne à la fois comme :
un ouvrage sur Jawahir al-Ma‘ani
et une source majeure sur Harazim lui-même
Pour beaucoup de lecteurs, cela seul suffit à le rendre indispensable.
Pourquoi Skiredj était singulièrement qualifié pour l’écrire
Sidi Ahmed Skiredj était particulièrement qualifié pour ce projet. Sa vaste érudition, son talent littéraire, sa longue immersion dans la tradition textuelle tijânie, ainsi que son accès direct à des manuscrits, des lettres, des cahiers et à un héritage de matériaux savants transmis, lui conféraient une position que peu d’autres pouvaient égaler.
Il n’écrivait pas de loin. Il écrivait de l’intérieur d’un héritage savant vivant, avec un grand sérieux et un profond sens des responsabilités.
C’est pourquoi même un ouvrage inachevé de sa main porte un poids peu commun.
Le livre a été édité, imprimé et publié
Cette œuvre n’est pas restée cachée. Elle a été éditée, imprimée et publiée il y a plus de huit ans, et elle est désormais disponible pour les frères et pour les lecteurs intéressés, louange à Allah.
Cette publication est importante, car elle a rendu accessible un texte qui éclaire à la fois Jawahir al-Ma‘ani et l’un des plus grands serviteurs savants de l’héritage tijânî.
Réflexion finale
Tijan al-Ghawani est un livre précieux non parce qu’il est achevé, mais en raison de ce qu’il préserve. Il révèle la profondeur de la dévotion de Sidi Ahmed Skiredj envers Jawahir al-Ma‘ani, sa haute estime pour Sidi al-Hajj ‘Ali Harazim Barrada, et sa méthode pour clarifier les questions difficiles au bénéfice des lecteurs sérieux.
Quiconque s’intéresse à :
Jawahir al-Ma‘ani
Sidi al-Hajj ‘Ali Harazim Barrada
Sidi Ahmed Skiredj
l’érudition textuelle tijânie
la transmission de l’héritage ahmadi-tijânî
trouvera dans ce livre une source d’un réel profit.
Même inachevé, il demeure une couronne parmi les œuvres consacrées à l’héritage textuel de la voie tijânie.
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